SOUVENIRS SCOLAIRES

École primaire laïque de La Salvetat Saint-Gilles de 1941 à 1944

PREAMBULE
Ma scolarité en primaire s’est déroulée en période de guerre et d’après guerre (1939/1945). Je vivais avec mes parents à Toulouse, mais d’octobre 1941 à juillet 1944 en raison des bombardements liés à l'état de guerre, j’ai été confié à la garde de ma grand-mère maternelle qui habitait la commune de la Salvetat .

 Les troupes allemandes ayant quitté la région toulousaine en août 1944, je pus rejoindre mes parents à Toulouse en octobre 1944.

Des pères prisonniers de guerre en Allemagne ne revirent leurs enfants qu’à la libération

                   

                                                     

Dans les années quarante les enfants du primaire étaient scolarisés à partir de 6 ans pour une durée de 7 années puis 8 à partir de 1936, soit jusqu’à 14 ans année du CEP.
La classe, mixte, regroupait tous les niveaux : primaire, moyen et supérieur dans un même lieu avec un horaire journalier de 6 heures les lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi, soit 30 heures par semaine. La maîtresse répartissait en alternance le travail dans les différents niveaux.

Jeudi,  jour de repos avec catéchisme pour certains et surtout  après les devoirs faits il fallait aider les parents fermiers, ou autres. Si l’on pouvait y échapper, jeux divers au village : marelle au rond-point actuel, exploration  du château et de ses dépendances lorsqu'il n'était pas habité, recherche des poissons et moules sous le pont de l'Aussonnelle.

Pas de garderie.

A noter : De l’Est de la France sont arrivés en 1940 les enfants des familles de réfugiés fuyant les combats.
A partir de 1942 la troupe allemande  réquisitionne l’école d’où déménagement au presbytère : Mairie actuelle. Notre institutrice en congé de maternité fut remplacée.

« « Nous gardons le souvenir de la destruction par les maquisards des quatre pylônes près de  la Bourdasse, des quatre bombardements de l’année 1944 accompagnés par les  tirs des batteries de DCA toutes proches implantées sur la commune, du bruit caractéristique des avions nous survolant la nuit pour parachuter des containers aux  maquisards et des explosions en août 1944 des dépôts de munitions allemands à Toulouse et Tournefeuille.

Malgré notre curiosité nous n'étions pas des plus rassurés au contact des militaires allemands qui occupaient notre école. 

Consigne des parents de ne répéter à personne les discussions des adultes sur les évènements ou l'écoute de la radio de Londres car des habitants pouvaient être proches du gouvernement  pro allemand d'alors.

Enfants nous ramassions les rubans argentés jonchant les toits et les sols. Lancés par les bombardiers ces rubans étaient destinés à tromper les radars des artilleurs allemands. Nous trouvions également des éclats d'obus très tranchants et des douilles provenant des tirs des canons des chasseurs.

A partir du 20 août 1944, effervescence provoquée par la  présence de maquisards armés  à la croisée des routes, aujourd’hui rond-point F. Mitterand. Ils portaient  au bras le brassard FFI  - Forces Françaises de l’Intérieur» ».

Ma journée d’écolier :

Lever, toilette, l’été à l’eau froide dans une bassine, l’hiver à l’eau chaude devant le feu de cheminée, mais dans des pièces froides  –eau du puits car pas d’eau courante- déjeuner lait ou café au lait avec tartines de pain sans beurre ni confiture le plus souvent.

Nous étions en pleine occupation par les troupes allemandes d’où rationnement par tickets pour toute marchandise, même le  tabac remplacé par des feuilles d'eucalyptus ou poil de maïs. C'est le pain qui  manquait le plus -apparition du pain de maïs en 1944. Nous avions les topinambours pour remplacer les pommes de terre, les rutabagas un genre de navet, les choux, les salsifis. Nos parents s'ils en avaient la possibilité élevaient quelques poules pour les oeufs, poulets, lapins, porc et cultivaient le moindre lopin de terre pour les légumes (carottes, poireaux, etc) qui amélioraient un peu l'ordinaire car la viande de boucherie était des plus rare.

Le même repas était servi sur plusieurs jours après bien souvent une préparation succincte due au manque de matière grasse : huile, lard, graisse.Beaucoup de soupes diverses pratiquement à tous les repas. Nous mangions tout ce qui se présentait à table car nous avions faim.  Les plus avantagés pour la nourriture quotidienne étaient les enfants des fermiers. Par contre grande pénurie alimentaire dans les villes. Le souvenir des toulousains à vélos qui venaient le dimanche se ravitailler dans les fermes des alentours. Apparition du marché noir.  Voir demande Mairie du 9 juin 1941

Quelques fruits des vergers à la saison. Pas de chocolat ni bonbons. A Noël une orange dans nos souliers, un délice alors !  

Pour le goûter de la récréation, peu souvent, un jaune d’œuf mélangé à du sucre en poudre étalé en sandwich entre deux tartines de pain ou bien charcuterie ou fromage.
En boisson du lait de poule (lait, sucre, jaune d’œuf) ou de l'eau.
Au goûter à la maison  « suivant la région la Saussola ou  chaucholo »
 pain trempé dans du vin sucré ou café froid ou croûton de pain frotté d’ail.

Accompagné de camarades garçons ou filles départ à l’école à classe unique mixte, après avoir revêtu une blouse sur mes vêtements de tous les jours.

La tenue :
Hiver comme été pantalons courts pour les garçons et blouses ,
pour les filles robes à mi-mollet  et blouses. Aux pieds sabots ou galoche de bois. Une pèlerine ou un manteau léger, tricots et chaussettes en laine tricotées par les mères ou grand-mères l’hiver. Réalisation de chaussures à semelles découpées dans un pneu usagé avec lanières en cuir. 

Regroupés pour jouer en cours de récréation, nous attendions le signal de la cloche actionnée par la maîtresse d’école pour nous mettre sur deux rangs,  bien entendu sans parler ni chahuter.  Rentrés nous attendions la permission de la maîtresse pour nous asseoir. Toute demande à la  maîtresse se faisait en levant l’index. Obligation de se lever lorsque un adulte pénétrait dans la classe.

Propreté :
Inspection des mains en entrant, sales il fallait les laver à la pompe adossée  au mur de l''école. 
Des chevelures en période de poux.

Déplacements :
Pour le primaire, le plus souvent à pied rarement à vélo quels que soient le temps et la distance.

Pour le secondaire, les élèves de la Salvetat se rendaient à pied ou à vélo à la gare de Plaisance du Touch afin de prendre le train jusqu’à la gare Roguet à Toulouse Saint-Cyprien puis à partir de 1959 l’autobus. 

La salle de classe :La salle comportait plusieurs rangées de pupitres aux bancs attachés que nous occupions par niveaux scolaires, les plus âgés à gauche  en entrant. Le poêle trônait sensiblement à mi-classe, les grands élèves étaient chargés de l'allumer. Servait-il à réchauffer les aliments des élèves éloignés ? L’hiver un tisonnier porté au rouge dans le poêle nous permettait de caraméliser un sucre –rarement- au dessus d’un bol de lait ou  le lait même. 

L’institutrice disposait d’un bureau sur une estrade surélevée lui permettant de surveiller les élèves. Derrière elle, le tableau noir ses craies et son chiffon.  Deux bibliothèques mais peu de livres,  des cartes murales de géographie et dessins complétaient le décor. Une porte donnant  accès à l’appartement de l’institutrice au 1er étage, si elle logeait sur  place, se trouvait au fond à droite. Au fond à gauche, la cave à charbon. Les punis y ont fait quelques courts séjours. Jouxtant l’appartement de l’institutrice une pièce servait de Mairie à la commune.

Nos tables d’écoliers comportaient dans leur partie supérieure deux encriers encastrés et deux évidements pour loger crayons et porte-plume. Elles avaient aussi un casier où nous pouvions laisser nos affaires car nous n’amenions à la maison que le strict nécessaire pour les devoirs à faire : tables de multiplications à connaître par cœur jusqu’à 12, énoncés de petits exercices de calcul (additions, soustractions, divisions), problèmes. Conjugaisons des verbes et grammaire, petite rédaction sur un sujet donné. Un à deux livres étaient fournis. Nous achetions les cahiers à gros carreaux.
Correction : Des élèves appelés au tableau devaient  résoudre le lendemain exercices ou problèmes et réciter tables ou chefs lieux.

Equipement scolaire des élèves : 

Musette de toile, cartable en carton bouilli ou en cuir. Ce dernier servait souvent à plusieurs enfants d’une fratrie. Il contenait cahiers un ou deux livres, une ardoise et  sa craie,  buvards illustrés ou non, plumier en bois avec couvercle imagé ou non  où étaient rangés porte-plume, boite à plumes –de marque gauloise ou sergent major-, crayons  à papier noir, rouge, bleu, gomme,  nos bons points et nos petits trésors. 

ANNÉE 1947

                                                                                                       


L’enseignement concernait : arithmétique, calcul mental, français, histoire et géogaphie, grammaire, lecture, dictée, rédaction, morale, instruction civique, chants.
Le fait que les différents  niveaux cohabitaient dans le même espace faisait que les plus jeunes profitaient des cours dispensés aux niveaux supérieurs et prenaient donc un peu d’avance. J’aimais assez cela. Dictées et rédactions au minimum deux fois par semaine.
La copie de tous les énoncés des problèmes et autres matières figurant  sur le tableau nous faisait un excellent exercice de lecture, d’écriture et  d’orthographe aussi bien pour les exercices du jour que pour les devoirs à faire à la maison.

Préalablement à notre entrée en salle de classe la maîtresse avait inscrit au tableau noir la date du jour, la  maxime ou morale. La leçon ne durait que quelques minutes mais il fallait bien s’en souvenir car les jours suivants nous pouvions être interrogés. A recopier bien entendu sur le cahier de jour. Les copies se faisaient à l’encre, et malgré toute notre application quelques taches nous désolaient.
Pour le calcul nous avions des bûchettes en petite classe.
Les leçons de morale nous apprenaient le sens civique : politesse, comportement vis-à-vis des amis, parents, des gens dans la rue afin de vivre en harmonie en société. J’ai toujours en mémoire  la leçon où l’on nous indiquait le comportement à adopter lorsque nous croisions une personne âgée sur un trottoir : lui laisser la partie haute au besoin descendre s’il n’y a pas danger pour nous. Je l’ai toujours appliquée ainsi que donner sa place assise dans les transports en commun.

L’alphabet : B+A = BA,  T+U = TU,  etc. peut-être ringarde à l’époque actuelle cette méthode était efficace car à la fin de l’année nous savions lire – à défaut de tout comprendre. Plus tard dans ma scolarité,  je l’ai complétée par la recherche sur dictionnaire des définitions des mots non connus, à recommander.
La lecture quotidienne ainsi que l’apprentissage de l’écriture avec ses pleins et déliés.
Quelques leçons d’éducation physique ou jeux dirigés une fois par semaine. Et quelques chants.
Les cahiers du jour et du soir étaient notés sur leur tenue.

A noter : Pendant la guerre, prescrit par les autorités de l’époque, le ramassage de glands sur les bords de l’Aussonnelle. Aucun souvenir sur la finalité de cette cueillette. La récupération de papiers, de métaux non ferreux, de caoutchouc, de cuirs etc... La chasse aux doryphores insectes nuisibles qui détruisent les plants de pomme de terre.

Jeux :

Marelle, Colin Maillard, chat perché, patins à roulettes, échasses, billes en terre ou en verre, le mouchoir, toupies, osselets, rondes, morpion,   bataille navale, cerceau, avion en papier pendant la guerre, corde à sauter, ballon, barres, quatre coins, saute mouton, gendarmes et voleurs. 

               TENUE DES DIMANCHES "JEUNES des ANNEES  1910 à 1916"

PARENTS EN ARRIERE PLAN 

 


TENUES DE L'ANNEE 1938

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NB : Les photos renseignées à consulter à "photos de classe"
lL'auteur de ces lignes au centre avec le poupon a bénéficié de la photo grâce à sa grand-mère employée chez l'Institutrice.